500 000 MGA pour réprimer les manifestants Ce dimanche 5 octobre, le quartier d’Antanimora, à Antananarive, a été le théâtre d’un attroupement inhabituel. Devant la caserne des forces d’intervention de la police nationale, des centaines puis des milliers de policiers se sont rassemblés, attirés par une promesse circulant depuis le matin : 100 euros en liquide par personne, sur présentation d’une liste nominative. Selon la source policière, le message provenait d’un groupe WhatsApp interne, accompagné d’une liste de 5 537 noms répartis dans sept villes, toutes concernées par les manifestations du mouvement Gen Z. Parmi ces noms figurent même des personnalités haut placées, dont le ministre de la Sécurité publique sortant et sa directrice de cabinet. « Nous avons reçu un message disant de venir à la caserne, que ceux sur la liste auront 500 000 Ariary de la part du président », raconte le témoin.« Tout le monde a droit à cette somme, même les ministres limogés. » Une distribution chaotique Sur place, l’ambiance a rapidement dégénéré. Les longues files d’attente et l’impatience ont poussé l’unité spéciale d’intervention à lancer une grenade lacrymogène pour disperser les policiers. Pour un agent qui gagne 192 euros par mois, la somme promise représentait une aubaine. Mais elle révèle surtout un malaise profond au sein des forces de l’ordre. « La majorité des policiers sont du côté des manifestants, mais on exécute les ordres », confie la source.« Si ça ne tenait qu’à nous, ces manifestations seraient déjà finies. Certains veulent même se rebeller. On n’en peut plus. » Le pouvoir dément Interrogée par la presse, la porte-parole présidentielle a expliqué : « Cette somme ne vient pas du président Radzwin, mais probablement du commandant des forces de défense et de sécurité. Elle s’inscrit dans le budget de l’État, au titre des indemnités liées aux opérations de maintien de l’ordre. » Une justification qui n’a pas convaincu. Pour plusieurs policiers, il s’agirait d’une première depuis 2009, date des dernières distributions exceptionnelles lors de manifestations violentes. Entre manipulation et désespoir Cet épisode dépasse le simple fait divers. Il montre la fragilité d’un corps d’État censé protéger le peuple, mais dont certains membres semblent partagés entre loyauté et lassitude. La circulation d’un simple message a suffi à mobiliser des milliers de policiers. Une preuve que la confiance dans la hiérarchie s’effrite, que la communication officielle perd de son autorité, et que les rumeurs deviennent parfois plus crédibles que les communiqués officiels. Dans un contexte où pouvoir politique, misère sociale et désinformation s’entremêlent, cet épisode rappelle l’urgence d’un dialogue sincère entre le peuple, les forces de l’ordre et leurs dirigeants. Sekoly Tsisy Rindrina Parce qu’une société éclairée ne se construit pas derrière des murs, mais dans la compréhension lucide des faits.