L’homme de l’ombre au sommet de l’État
Dans sa famille, on l’appelle simplement Nina. Ce surnom affectueux contraste avec l’aura glaciale du nouveau Premier ministre malgache. Officier de carrière, général de brigade sans véritable passé de commandement, Nina n’a jamais été un homme de terrain. Il a plutôt perfectionné l’art de se fondre dans les couloirs du pouvoir, discret, docile, indispensable pour ceux qui préfèrent régner dans l’ombre.
Formé en Algérie puis en France, il s’est fait connaître à Fianarantsoa, non pas pour ses faits d’armes, mais pour ses platines de DJ du week-end. Une passion commune avec le président Rajoelina, comme un clin d’œil du destin pour rappeler que la politique malgache ressemble souvent à une grande soirée où la musique masque les bruits du peuple.
Son ascension, pourtant, n’a rien du mérite individuel. Elle s’est tissée dans les réseaux fermés du sport, notamment le basketball, où se mêlent les intérêts politiques et les amitiés familiales. Par ce jeu d’influence, il s’est glissé dans l’appareil d’État, d’abord comme secrétaire général adjoint, puis directeur de cabinet civil, puis militaire. Une trajectoire qui récompense surtout la loyauté, pas la compétence.
Aujourd’hui, le pays s’interroge : Nina sera-t-il le simple prolongement d’un système en déclin, ou le visage d’une rupture fabriquée ?
Rien, dans son parcours, ne laisse présager un sursaut. Ses qualités d’obéissance et sa discrétion, si précieuses pour ceux qui tirent les ficelles, risquent d’en faire un pion parfait dans la continuité du silence.
Mais la jeunesse, elle, ne dort plus. La Gen Z, cette génération que les puissants n’ont pas su acheter ni intimider, a déjà prévenu : « aucune manœuvre de façade ne remplacera une réponse directe à nos revendications ».
Le message est clair. Et peut-être que, cette fois, même les hommes de l’ombre devront affronter la lumière.

